Cavadee

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Cavadee

Avec la marche sur le feu, le “Cavadee” est l’une des fêtes tamoules les plus impressionnantes. Cette manifestation religieuse marque la clôture de dix jours de jeûne et de prières. Des centaines de pénitents se retrouvent vers 5 heures du matin au temple de la Marine à Saint-Benoît (dans l’Est de l’île) et marchent pieds nus jusqu’aux abords de la rivière des Roches avant de revenir sur leurs pas. Durant le trajet, les dévots, en l’honneur du dieu Mourouga, portent sur leurs épaules le “cavadee”. Il s’agit d’une arche de bois ou de bambou ornée de fleurs, de feuilles, d’images pieuses et à laquelle sont suspendus deux petits “simbous” (petits pots en cuivre) remplis de lait et de miel. Une arche symbolisant les montagnes soulevées par Mourouga. Des fidèles, placés sur le parcours, procèdent à des offrandes. “En portant le cavadee, les pénitents se libèrent ainsi de leurs démons que sont la maladie, les mauvaises pensées, la colère, la haine. Il s’agit d’un acte d’humilité, d’une quête vers la paix intérieure, à la recherche de la lumière du divin”, explique Marc Cadivel, président de l’association Siva Soupramanien. Près de cette eau purificatrice et sous le regard de la statue divine placée dans le “thêr”, qui est un véritable petit temple mobile autant qu’un char processionnel, les pénitents se font implanter sur le corps un nombre consacré d’aiguilles en forme de “Vel” auxquelles ils accrochent des citrons verts. Le “vel” est la lance que le dieu Mourouga, fils de Shiva et de Parvati et frère de Ganesh, avait utilisé pour combattre le démon Sourabatman au terme d’une lutte qui aura duré dix jours. “L’implantation des aiguilles d’argent matérialise le vœu de silence. Elle symbolise la victoire du bien sur le mal. D’autre part, il est dit que les rayons du soleil sur l’argent ont des actions bénéfiques sur le corps humain, les aiguilles favorisant la circulation de l’énergie solaire en ce dernier”, explique ce Réunionnais de confession tamoule. Joues, bras, torse, cuisses et dos... les dévots offrent leur chair sans sourciller. Les fines aiguilles d’argent symboliseraient également les plumes de paon, monture préférée de Mourouga, dieu de la force et du courage.
Au petit matin, sous une pluie battante, Marie - seule blanche avec des chaussures rencontrée à mois de 10 km2 - n’oubliera jamais cette procession aux saris multicolores et effluves obsédants d’encens. Elle s’interroge encore sur la dévotion de ces gens, le jusqu’au-boutisme qui les a conduit à se transpercer le corps d’aiguilles ou à se brûler les pieds sur des cendres. La religion, c’est quand même une “sacrée” connerie.